La barista est une profdoc / Une lecture, s'il vous plâit !

Les Guerres de Lucas

Au collège, à l’heure du déjeuner, le CDI se transforme en une ruche où chacun s’affaire à sa manière. Les 3e chuchotent en petits groupes, leurs sacs sur les jambes, les 6e se précipitent sur leurs moyennes. Les 5e viennent chercher un livre oublié pour le quart d’heure lecture.

Aujourd’hui, les 4e butinent pour leur Top Chrono. C’est un oral de 5 minutes, sur un sujet de leur choix, avec une présentation visuelle. Un entraînement pour l’oral du brevet.

E. a le regard dans le vide, son corps se balance entre deux camarades, attelés à leur tache. Ils sont penchés sur leurs ordinateurs, se tortillent, vont de leur moteur de recherche à leur logiciel de présentation. Je m’approche de lui.

« Et toi ? 
– Ben je sais pas…
– C’est à dire ?
– J’ai un Top Chrono à faire mais je n’ai pas d’idées…
– Tu n’as pas de passion ?
– Ça ne va pas plaire… c’est Le Mans 66 ou Star Wars ! »

Je le vois s’animer, son regard brille. Je lui explique que l’important est de respecter ce qui est attendu du devoir, et que oui le sujet peut ne pas emballer le jury mais si c’est bien préparé, ça va faire son effet… et puis au moins sur ces sujets, y a de quoi dire.

« Ah bon vous croyez Madame ? 
– Oui j’y crois. J’y crois tellement que si tu me promets de revenir avec un plan de ta présentation lundi matin, je te prête mon exemplaire personnel des Guerres de Lucas, un roman graphique qui raconte la vie du réalisateur au moment de la création et de la réalisation du 1er épisode de Star Wars.
– Vous feriez ça ?
– Absolument. »

Lundi matin il revient avec son copain, lui aussi passionné de Star Wars. Ce dernier porte un tee-shirt avec des têtes de Stormtroopers. Je l’interpelle et lui propose de le prêter à son pote pour le jour du passage de son Top Chrono. E. me présente un plan qui tient carrément la route. Il est fier : «  Je n’arrivais pas à m’y mettre car je pensais que je n’y arriverai pas… merci Madame ! ». Il repart avec mon exemplaire sous le bras, tout fier. J’ai pris le temps de le recouvrir. A la maison ils ont bien ri : « Tu recouvres tes livres toi maintenant ? »

J’en profite pour lui glisser que George Lucas vient de recevoir la Palme d’or d’honneur à Cannes, et que ça ferait une belle conclusion.

Le lendemain il est de retour au CDI pour créer sa présentation qu’il me montre avec fierté : « Qu’est-ce que vous en pensez Madame ? ». Il a même ajouté une partie sur les produits dérivés et il s’enflamme pour m’en parler.

Cinq minutes ce sera vite passé. La peur qu’il avait à faire ce travail s’est transformé en plaisir de partager sa passion. Son sourire vaut de l’or.

C’est ma palme à moi.

Auteur

gfrancoisloyez@lilo.org
Professeure documentaliste, passionnée par les rencontres et les projets qui émergent autour d'un café, je partage mes pépites : lieux, sons, mots, images et personnes.

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